Humanité et émotions

La douleur, cette voix qu’il faut écouter

Pourquoi nous devrions apprendre aux enfants à reconnaître la douleur, plutôt que de toujours chercher à la faire taire.

Première publication : 3 mars 2023 · révisé le 27 octobre 2026 · version originale en espagnol ↗

Dans un parc, l’ours à lunettes s’accroupit à la hauteur d’un ourson tombé qui tient son genou, et l’écoute.

La douleur, cette voix qu’il faut écouter

Si nous l’ignorons, la douleur disparaît-elle ?

Au Chili, mon pays natal, comme en France, où je vis, j’ai souvent observé la même scène : un enfant tombe, se fait mal et commence à pleurer. L’adulte qui l’accompagne réagit aussitôt : « Allez, relève-toi, ce n’est rien. »

Parfois, l’enfant regarde la réaction des personnes autour de lui avant de se décider à pleurer. Et lorsqu’un adulte lui accorde beaucoup d’attention, quelqu’un d’autre fait remarquer qu’il aurait mieux valu ne rien dire.

Ces situations m’ont amené à me demander ce que l’enfant apprend alors de sa propre douleur. Comprend-il que son expérience est légitime ? Ou commence-t-il à penser qu’il doit la cacher ? Plus important encore : que dit cette scène de notre rapport à la souffrance ?

Comment fonctionne la douleur ?

Nous savons que détourner l’attention peut aider à réduire l’intensité de certaines expériences douloureuses, notamment lors de soins médicaux ou de douleurs aiguës. Cela explique pourquoi distraire un enfant après un petit choc peut être utile.

Mais atténuer une sensation ne signifie pas nécessairement en résoudre la cause.

L’Association internationale pour l’étude de la douleur a actualisé sa définition en 2020. Nous savons aujourd’hui que la douleur est une expérience personnelle, dans laquelle interviennent des dimensions sensorielles, émotionnelles, biologiques et sociales. Nous savons également que son intensité ne correspond pas toujours directement à l’état des tissus.

Ce point est essentiel : la douleur n’est pas automatiquement la preuve d’une lésion, mais elle ne doit pas non plus être ignorée parce qu’aucune cause évidente n’apparaît. La souffrance mérite notre attention.

Écouter avant de faire taire

Imaginons une alarme. Lorsqu’elle sonne, nous pouvons chercher à couper le bruit. Mais il serait absurde de croire que supprimer le son résout nécessairement ce qui l’a déclenché.

Avec la douleur, quelque chose de comparable peut se produire. Notre corps et notre cerveau produisent des signaux que nous devons apprendre à interpréter, même lorsque leur signification n’est pas immédiatement claire.

Un enfant qui se fait mal peut avoir besoin de réconfort, d’être rassuré ou simplement de quelques minutes pour récupérer. D’autres fois, il aura besoin de soins médicaux. L’important est de l’accompagner sans nier systématiquement ce qu’il ressent.

Nous pouvons lui dire : « Je vois que tu as eu mal. Je suis là. Regardons ce qui s’est passé. » Nous lui apprenons ainsi que ressentir de la douleur n’est pas honteux et que demander de l’aide est légitime.

Une voix que nous devrions apprendre à entendre

Il existe aussi des douleurs plus difficiles à localiser : la tristesse après une perte, l’angoisse d’une séparation, la frustration ou la souffrance liée au rejet.

La douleur émotionnelle et la douleur physique ne fonctionnent pas exactement de la même manière, mais toutes deux font partie de notre expérience humaine. Parfois, notre mal-être indique que nous avons besoin de repos, de parler à quelqu’un, de changer une situation ou de chercher de l’aide.

Écouter ne signifie pas obéir aveuglément à chaque sensation ni transformer tout inconfort en catastrophe. Il s’agit de prêter attention avec curiosité et respect, tout en reconnaissant que certaines douleurs nécessitent un examen médical et certaines souffrances un accompagnement professionnel.

Peut-être devrions-nous enseigner très tôt aux enfants que l’objectif de la vie n’est pas d’éliminer immédiatement toute expérience désagréable. Nous pouvons apprendre à comprendre nos signaux, à exprimer ce que nous ressentons et à chercher du soutien lorsque nous en avons besoin.

La douleur n’est pas toujours un ennemi à vaincre. Parfois, c’est une expérience à accueillir et à comprendre. Apprendre à l’écouter, sans peur ni honte, peut transformer profondément notre relation avec nous-mêmes.

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