Humanité et émotions

S’autoriser à être heureux

La joie n’est pas un objet à trouver : trois pistes pour prendre soin de son corps, de ses relations et de ses émotions.

Première publication : 1 mai 2021 · révisé le 27 octobre 2026 · version originale en espagnol ↗

Après la pluie, Diego et l’ours pique-niquent sur une colline ; le soleil perce les nuages, un chien court après un cerf-volant.

S’autoriser à être heureux

Je pourrais commencer cet article en affirmant que nous vivons une époque difficile. D’ailleurs, lorsque j’en ai écrit la première version, en 2021, nous traversions encore les conséquences de la pandémie de Covid-19.

Mais cette expression a quelque chose de curieux. En parcourant l’histoire de l’humanité, nous découvrons d’innombrables périodes que nous pourrions également qualifier de difficiles. Il en va de même de nos vies personnelles. Les épreuves apparaissent, s’éloignent et reviennent parfois au moment où nous les attendons le moins.

Notre existence serait-elle condamnée à n’être qu’une succession de problèmes ? Je n’ai pas de réponse définitive aux grandes questions de la vie. Mais j’ai une conviction : nous pouvons agir pour améliorer notre bien-être, même lorsque nous ne contrôlons pas tout ce qui nous arrive.

Le bonheur existe-t-il ?

Lorsque mes élèves me demandent comment trouver le bonheur, j’aime leur répondre par une petite provocation : « Le bonheur n’existe pas. »

Naturellement, ils sont surpris. Certains tentent de me contredire en racontant qu’ils connaissent des personnes heureuses, des couples épanouis ou des gens qui adorent ce qu’ils font.

Je leur pose alors une autre question : « Avez-vous vu le bonheur, ou avez-vous vu quelqu’un d’heureux ? »

Ce bref échange provoque souvent un silence. Et c’est précisément là que commence la réflexion.

Le bonheur n’est pas nécessairement un objet caché quelque part dans le monde, attendant que nous le découvrions. C’est une expérience qui peut émerger de notre rapport à nous-mêmes, aux autres et à ce que nous faisons.

Nous ne pouvons pas nous obliger à le ressentir en permanence. Mais nous pouvons créer des conditions qui favorisent notre bien-être. Peut-être qu’au lieu de nous demander où trouver le bonheur, nous devrions nous demander comment construire une vie où il a davantage de chances d’apparaître.

S’autoriser à être heureux

Cela paraît évident, mais ne l’est pas toujours. Parfois, nous nous sentons coupables de profiter de la vie pendant que d’autres souffrent. D’autres fois, nous croyons devoir résoudre tous nos problèmes avant de nous permettre de ressentir de la joie. Il nous arrive aussi d’être tellement habitués à la souffrance qu’imaginer autre chose devient difficile.

S’autoriser à être heureux ne signifie pas nier les problèmes. Cela ne veut pas non plus dire que le bonheur dépend uniquement de notre volonté. Les conditions matérielles, la santé, nos relations et de nombreuses circonstances influencent profondément notre bien-être.

Mais à l’intérieur de ces limites, nous pouvons essayer de prendre soin de certaines dimensions de notre vie. Je t’en propose trois.

1. Tu n’as pas seulement un corps : tu es aussi ton corps

Pendant longtemps, nous avons parlé du corps et de l’esprit comme de deux réalités totalement indépendantes. Pourtant, notre expérience quotidienne nous rappelle à quel point ils sont liés.

Une mauvaise nuit peut nous rendre irritables. La fatigue modifie notre concentration. Une maladie peut affecter notre humeur. La recherche s’intéresse aussi au rôle de l’alimentation dans la santé mentale.

Par exemple, un essai clinique australien publié en 2017 a montré qu’un accompagnement nutritionnel structuré pouvait contribuer à améliorer les symptômes dépressifs de certains patients, en complément d’autres soins. Ces résultats sont intéressants, mais ne signifient pas qu’une alimentation équilibrée guérit à elle seule la dépression.

Prendre soin de son corps, c’est prendre soin de soi. Il ne s’agit pas de poursuivre un corps parfait, mais de dormir suffisamment, de manger de manière équilibrée, de bouger selon ses possibilités et de répondre à ses besoins de santé.

2. Ne reste pas seul

L’une des recherches les plus connues sur le bien-être humain est la Harvard Study of Adult Development, commencée en 1938. Pendant des décennies, ses chercheurs ont suivi l’évolution de la santé, des relations et des conditions de vie de plusieurs générations de participants.

L’une des conclusions les plus marquantes concerne l’importance de relations humaines satisfaisantes. Il ne s’agit pas simplement d’avoir beaucoup d’amis. Ce qui compte, c’est de pouvoir compter sur des liens où l’on trouve confiance, soutien et sentiment d’appartenance.

La solitude peut faire profondément mal. Voilà pourquoi il vaut la peine de consacrer du temps à ceux que nous aimons, tout en restant ouverts à de nouvelles rencontres.

Nous pouvons appeler un ami, accepter une invitation, participer à une activité ou simplement engager une conversation. Ce n’est pas toujours facile, surtout lorsque nous traversons une période difficile. Mais construire des liens peut transformer notre expérience quotidienne.

Et n’oublie pas : toi aussi, tu as quelque chose de précieux à offrir aux autres.

3. Accepte la tristesse

As-tu vu le film Vice-versa (Inside Out) ? Si tu ne le connais pas encore, je te le recommande.

L’une des plus belles idées de cette histoire est que la tristesse joue un rôle important dans notre vie émotionnelle. Nous n’avons pas besoin d’être joyeux en permanence.

Être triste peut nous aider à reconnaître une perte, à demander du soutien ou à comprendre qu’une chose importante a changé. La tristesse n’est pas toujours l’opposé du bonheur. Nous pouvons traverser des émotions difficiles et construire malgré tout une vie pleine de sens.

L’important est de les reconnaître et de leur laisser la place dont elles ont besoin. Et si cette tristesse devient persistante, intense ou commence à perturber notre vie quotidienne, nous pouvons aussi chercher de l’aide. Nous n’avons aucune obligation de l’affronter sans compagnie.

Un bonheur possible

Peut-être que le bonheur n’est pas quelque chose qu’il faut poursuivre désespérément. Il apparaît peut-être plus facilement lorsque nous cessons d’en faire un objectif permanent et commençons à porter attention à notre manière de vivre.

Prendre soin de notre corps, construire des relations, accepter nos émotions et consacrer du temps à ce qui compte pour nous peuvent contribuer à une vie plus satisfaisante.

Nous ne serons pas heureux tous les jours. Et ce n’est pas grave. La richesse d’une vie humaine ne se mesure pas uniquement au nombre de moments agréables accumulés. Elle se trouve aussi dans notre capacité d’aimer, d’apprendre, d’accompagner et de donner du sens.

Alors, autorise-toi à profiter de la vie lorsque tu le peux. Et lorsque tu n’y arrives pas, souviens-toi que tu mérites, toi aussi, qu’on prenne soin de toi.

Pour aller plus loin :

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